Le tour du monde des pratiques de la QVT

La qualité de vie au travail (QVT) est un phénomène qui marque profondément le monde du travail actuel. Les entreprises associent aujourd’hui le travail à la motivation, le bien-être et les conditions de travail des équipes.

En effet, ces dernières années, les politiques employeurs comprennent de mieux en mieux les besoins du travailleur. Ainsi, il est plus motivé quand il est soutenu et que son environnement de travail ambiant est constitué d’aide et d’écoute, autant dans le domaine professionnel que personnel. Les entreprises bénéficient toujours de l’entrain et de la motivation de leur effectif, qui s’attelle à fournir des travaux de meilleure qualité. La QVT participe à l’amélioration de la relation entre employeurs et employés.

Quand on la considère avec une perspective mondiale, les éléments d’histoire et de culture (contexte historique, mentalités, rapport au travail…) de chaque pays influent sur leur activité économique et leur monde du travail. Toutes les entreprises n’ont pas les mêmes contextes, ni les mêmes arrières-plan, ni le même rapport au travail…

Cela implique-t-il que la QVT et l’expression de ses mises en place varient d’un pays à un autre? Dans ce cas, que font les entreprises étrangères dans le cadre de la QVT ? Comment font-elles pour entretenir la motivation de leurs équipes ?

Aujourd’hui, Hub-Grade vous livre une étude sur la qualité de vie au travail dans le monde. Pour cela, nous avons développé ici pour vous quelques exemples phares.

 

La QVT, une préoccupation désormais centrale pour les entreprises

Les enjeux derrière la QVT

La qualité de vie au travail résulte de la prise en compte de 3 dimensions conjuguées :

  • la capacité d’expression et d’action du travailleur,
  • les conditions d’emploi et de travail,
  • le contenu de son travail.

Elle dépasse ainsi la simple fourniture d’équipements, de locaux et d’outils pour travailler. La QVT intègre une dimension psychologique (motivation, bien-être…) dans l’accompagnement du travail du salarié.

Grâce à cette notion de QVT, ces dernières années, les entreprises ont pu remettre en question leurs modes de fonctionnement, reconsidérer leur analyse de la productivité, repenser l’utilisation de leurs ressources humaines et financières afin de mieux étudier les retombées de leurs actions.

Par le moyen de la QVT, l’entreprise traite 3 types d’enjeux.

  • Liés au travail : l’autonomie, le droit à l’erreur, le sentiment d’appartenance, la capacité à agir, la santé au travail…
  • Sociétaux : la réflexion et l’action sur des questions liées aux populations (âge, situation familiale, handicap…).
  • Du marché : l’adaptation de l’entreprise à son marché, aux demandes clients, l’innovation mais aussi la mobilité professionnelle.  

Elle englobe ainsi des notions comme le bien-être, la motivation et la satisfaction des salariés, l’amélioration des conditions de travail.

 

L’environnement évolue… le travailleur aussi !

Le monde du travail a été marqué par des changements conséquents à l’échelle mondiale, tout au long de ces 20 dernières années. Ainsi, le nombre de contrats de travail courts et à temps partiel en augmentation, l’explosion du secteur tertiaire, l’intensification des rythmes de travail (charges plus soutenues), la digitalisation des procédés, l’intégration de nouvelles technologies : tous ces éléments marquent un véritable tournant dans l’Histoire du Travail.

Portées par des mutations technologiques et sociétales majeures, les entreprises se sont adaptées.

 

Le capital humain n’a guère été exempt de ces mutations. Pour en mesurer l’impact, il suffit de comparer le travailleur d’il y a 20 ans et celui d’aujourd’hui. En 2018, les travailleurs sont hyper-connectés, soumis en permanence à l’information, plus mobiles, évoluent dans des espaces de travail plus flexibles, collaboratifs et informels… (Le travailleur était auparavant bien moins mobile, connecté et souvent cantonné à un espace de travail clos, de type bureau privé, open space etc.)

Les mentalités autour du travail ont également évolué, notamment suite à l’entrée de nouvelles générations sur le marché du travail. Selon la tranche d’âge de l’effectif, leurs exigences, leurs besoins et leurs attentes varient. Le travailleur a aujourd’hui besoin d’un travail apprenant, lui apportant satisfaction pour être motivé à long terme.

En plus de l’environnement et les conditions de travail fournis, l’entreprise a été dans l’urgent besoin de fédérer les différentes générations au travail et conditionner leur motivation.

La QVT marque ainsi aussi la fin de rapports conflictuels entre salariés et dirigeants. Les deux parties travaillent aujourd’hui dans un but commun et recherchent des compromis, dans le but d’améliorer la productivité et les performances et donc la pérennité.

 

La QVT et la France : duo gagnant ?

Et la QVT en France ? Où en sommes-nous ?

Régulièrement citée par le passé comme un pays où les salariés sont les moins heureux au travail, la France a accusé un retard conséquent face à ses homologues européens… Un retard qui disparait, grâce à la QVT qui s’impose progressivement dans les mentalités et les pratiques des entreprises françaises.

Selon un article des Echos, les Français estiment premièrement que la QVT est une affaire d’ambiance et de relations entre collègues. Puis suivent d’autres éléments comme la rémunération, la reconnaissance au travail etc.

L’heure est donc encore à la prise de conscience et à la recherche concrète de solutions pour l’améliorer. Par exemple, le manque de reconnaissance des salariés ou la pression managériale sont régulièrement cités comme pistes d’amélioration des hiérarchies.

Pour l’heure, on reconnaît tout juste la QVT comme levier de productivité et de compétitivité de l’entreprise. C’est dans ce sens que se tiennent régulièrement des conférences ou des rencontres de réflexion autour de ce thème. La QVT a même sa semaine dédiée dans le calendrier français. Celle-ci fut créée afin de sensibiliser les managers et dirigeants dans leur gestion d’équipe.

Tous les moyens (ou presque) sont bons pour améliorer le bien-être en interne : le sport au travail, le team building et le travail collaboratifs, les espaces de travail alternatifs comme le coworking ou le remote work sont les pratiques les plus citées.

Les start-ups françaises ont grandement participé à cette progression de la QVT dans les mentalités. Leurs pratiques en interne, leur capacité d’innovation ou pour d’autres, la création de nouveaux services font d’elles des moteurs dans la globalisation de la QVT. Aujourd’hui, les grands groupes et entreprises prennent le pas.

Et à l’international ? Que font les entreprises d’autres pays pour améliorer la QVT ?

Que font les entreprises dans le monde pour la QVT ?

Sans surprise, les leviers conditionnant la QVT et la productivité d’une entreprise sont différents d’un pays à un autre. Prenons l’exemple de 5 pays : les Pays-Bas, la Chine, la Finlande, le Canada et le Danemark.

Les Pays-Bas : le maintien d’un bon équilibre vie professionnelle – vie privée

À l’échelle européenne, les salariés des Pays-Bas sont les plus heureux et satisfaits au travail, comme le relève l’étude “The Workforce View in Europe 2017” du cabinet ADP.

Optimistes, engagés, satisfaits de leur rémunération et reconnus par leur direction, les Bataves tirent une grande satisfaction de leur emploi.

Leur temps de travail hebdomadaire (30h/semaine en moyenne), les avantages sociaux et économiques, les rapports entre collègues ainsi que la flexibilité du travail sont parmi les mesures phares conditionnant la QVT et leur investissement.

En dehors du cadre professionnel, le développement personnel et le volontariat sont des activités encouragées. Cela les conduit à travailler en remote (agl. en télétravail) ou encore conserver un équilibre optimal entre la vie privée et la vie professionnelle.

 

La Chine : la sieste au travail

La Chine sera une véritable puissance économique d’ici 2032. Son potentiel et le développement de l’économie locale l’ont conduite à concurrencer les États-Unis au titre de puissance économique.

Cependant, on ne retient pas vraiment la Chine comme un pays où la QVT est la plus développée… Par exemple, elle a régulièrement fait parler d’elle avec les scandales des sweatshops (travail d’enfants, ateliers rudimentaires et insalubres pour de grandes marques…), ayant éclatés pendant les années 90, les travailleurs soumis à des charges conséquentes et des conditions difficiles etc.  

Cela a tendance à changer avec l’implantation d’entreprises occidentales et l’import de nouvelles pratiques, comme le coworking en Chine.

Néanmoins, une pratique courante de l’Empire du Milieu pourrait être à retenir : la sieste au travail. Encore boudée et associée à des clichés en France, prendre une sieste au travail est un droit en Chine. 

Instaurée en 1948, à l’époque de Mao Tsé Toung et la Chine pleinement communiste, la sieste au travail est une mesure figurant dans l’article 43 de la Constitution.

« Les travailleurs de la République populaire de Chine ont droit au repos« .

 

La Finlande : priorité à la formation professionnelle

La Finlande est un pays apprécié pour sa qualité de vie et les conditions de travail idéales. Un rapport de la Commission Européenne révèle que 84% des Finlandais sont satisfaits de leur emploi (la moyenne européenne est à 53%…).

Le pays des cent mille lacs est particulièrement exigeant à bien des niveaux… Il possède d’ailleurs l’un des meilleurs systèmes d’éducation au monde et développe régulièrement des infrastructures à cet effet. Il met également l’accent sur la préservation de la vie personnelle et familiale.

La formation professionnelle est l’un des postes d’investissement les plus importants du gouvernement local (12% du budget annuel). En effet, selon une étude menée par le site Parlons RH, près de 2 millions de Finlandais s’inscrivent à une formation professionnelle pour “développer leurs compétences, améliorer leurs perspectives professionnelles et leur capacité à s’adapter au marché du travail.”

Ceci leur ouvre des possibilités, notamment celle d’avoir un emploi très tôt, ou encore facilite l’obtention d’un emploi à l’international.

 

Le Canada : une approche normative qui fait ses preuves

Avec une population active de près de 20 millions d’habitants (et un taux de chômage de 6,3%), le Canada a vu ses pratiques considérablement évoluer en termes de QVT. On trouve plusieurs raisons à cela.

Premièrement, on constate depuis plusieurs années une augmentation du flux migratoire vers le Canada. De plus en plus de personnes s’exportent pour les conditions de travail et d’évolution favorables du pays. Selon l’Express, le gouvernement canadien s’attendait à accueillir plus de 300 000 immigrés en 2017. Carole Guimond, ministre de l’immigration canadienne ajoute même :

60% (ndlr. de ces immigrés) sont sélectionnés sur la base de leurs compétences et des besoins du marché du travail.

Pour gérer ces flux entrants et les associer au mieux à la population active, les institutions locales, les organisations syndicales et les entreprises ont travaillé en commun à la création de normes liées à la QVT. En tête de liste, on retient la Norme canadienne nationale sur la santé et la sécurité psychologique, la Norme entreprise en santé, etc.

Des labels ont aussi été créés pour promouvoir la qualité de vie au travail au sein de certaines entreprises. “Great Place to Work” (agl. Bonne entreprise pour travailler) ou “Entreprise en santé” en sont des exemples.

La mise en place de ces normes a conduit à une forte réduction de l’absentéisme et des conditions de travail. Aujourd’hui, les Canadiens sont une référence en termes de QVT.

 

Le Danemark : le Slow Management

Selon l’étude de ADP, le Danemark figure dans le top 20 des pays les plus attrayants pour les salariés européens. Et ce, au même titre que la Finlande, la France et les Pays-Bas.

Les Danois ont pour particularité d’avoir développé un code moral, orientant leurs décisions et leurs actions vers l’intérêt commun : la loi de Jante. Très ancrée dans la mentalité danoise, elle les incite à privilégier le bien-être de la communauté.

Ce code moral se répercute également dans les moeurs de travail et la QVT. Le Danemark a ainsi développé des conditions permettant l’épanouissement du salarié. Il a permis le développement d’un nouveau type de management, alliant gestion humaine et performance : le Slow Management.

Ce style intègre des préoccupations telles que le développement durable, l’éthique, la RSE et repose sur la cohésion d’ensemble, la communication et la réduction du stress. Une telle démarche a pour conséquence l’amélioration de la productivité et de la performance de l’entreprise.

De ce fait, on “donne du temps au temps” : pour développer des facilités, croître avec intelligence, réfléchir à la pérennité des actions, etc. Les process et fonctionnements en interne sont simplifiés… (moins de réunion, droit à l’erreur, plus de confiance, responsabilisation, travail en tâches plutôt qu’en heures…)

Ce type de gestion sied particulièrement aux travailleurs danois, qui sont de fervents utilisateurs du télétravail et de la flexibilité.

Les initiatives d’autres entreprises du monde

Au Brésil par exemple, les salariés des usines FIAT annoncent leur humeur avec un code couleur (vert, orange ou rouge). Selon leur humeur et leur degré de préoccupation, ils sont reçus par leurs managers pour trouver des solutions. Suite à la mise en place de cette mesure, 80% des salariés de ces usines ne voient rouge qu’au moins une fois par an.

En Suède, des journées de travail de 6 heures ont été mises en place par certaines entreprises. La durée de 8h est de plus en plus reconnue comme longue, improductive et impossible à associer à une vie privée. Avec ces journées de 6 heures, les salariés sont plus efficaces et concentrés dans leurs tâches.

L’Inde est également une des références mondiales en termes de bien-être au travail. Une entreprise en particulier, HCL Technologies, a créé un moyen idéal pour faire rencontrer salariés et dirigeants : le forum interne. Durant ces rencontres, les points de vue, les craintes ou les suggestions des effectifs sont exposés. Ce forum a pu renforcer la confiance et le sentiment d’appartenance des salariés à l’entreprise.

En conclusion, les initiatives et les idées sont nombreuses et même complémentaires. Elles se rejoignent toutes vers une seule optique : le développement de la QVT. Dès lors que l’entreprise (en France ou ailleurs) l’intègrera comme levier de performance à long terme, les résultats, la compétitivité et le bien-être en interne n’en seront que meilleurs. Reste à être vigilant sur leur application à long terme.