L’environnement de travail dans lequel une entreprise évolue est important. Il conditionne sa productivité et prouve sa capacité de répondre aux défis auxquels elle peut faire face. Après avoir longtemps été habitué aux bureaux séparés, on a assisté ces 20 dernières années à un véritable décloisonnement des entreprises pour laisser place à ce qu’on appelle l’“open space”. Un “open space” est, par définition, un espace de travail ouvert et décloisonné. Si celui-ci possède d’indéniables avantages, il présente aussi de sérieux inconvénients et est souvent sujet à débats.

Travailler en open space : les dérives

Rappel : L’espace de travail, facteur de QVT

La QVT (acronyme de la Qualité de Vie au Travail) est une notion de plus en plus utilisée aujourd’hui, notamment pour toutes les problématiques et sujets auxquels elle est associée : ressources humaines, bien-être au travail, motivation, travail en équipe, conditions… L’espace de travail dans lequel un salarié est amené à évoluer fait bien partie intégrante de cette notion.

Évoluer dans l’espace de travail le plus adapté à l’entreprise est particulièrement important. De cette composante dépend la productivité de celle-ci, la délivrabilité, la créativité et d’autres éléments semblables. L’open space répond-il à ces critères ?

Travailler en open space : le rapport à la QVT

Dans un sens “OUI”, car l’open space peut avoir de nombreux effets positifs : la facilité de communication, un esprit convivial, un gain de place conséquent, le travail en équipe favorisé et donc la culture de l’entreprise. De plus, ce type d’espace est adopté par près de 60% des salariés français.

En tous cas, on identifie vite et facilement les avantages d’un open space et les effets positifs qu’il peut avoir. Si le décloisonnement des locaux d’une entreprise peut représenter un atout dans la cohésion de groupe, il peut néanmoins représenter de sérieux inconvénients.

L’“open-spacite”, le nouveau mal des entreprises en open space

Aujourd’hui, on assiste à une recrudescence du nombre de salariés clamant leur désamour de l’open space, pour des raisons multiples. Ce type d’espace est couramment victime d’effets pervers, et la liste de ceux-ci est longue… Étudions-en 5.

Les Nui(sances) sonores…

Principal trouble dans les plateaux de bureaux : le bruit. Quand on sait que même le moindre son peut devenir agaçant dans un espace fermé, que dire du bruit de fond incessant d’un open space ? Sonneries de téléphones, discussions, bruits de l’imprimante, conf-calls avec haut-parleur, collègues aux manies bruyantes… Le bruit de fond d’un open space actif est de 60 dB.

À ce niveau, le bruit n’est pas nocif (c’est en revanche le cas à partir de 80 dB), cependant il induit fatigue, risques psychologiques et altération de la capacité de travail….

80 dB : limite légale de volume à partir de laquelle l’employeur doit mettre des solutions en place (isolement acoustique, amélioration du bâtiment, règles de vie plus strictes…)

Un surplus d’informations à traiter

En lien direct avec la nuisance précédente, qui dit trop de bruits dit surcharge d’informations à traiter. En effet, le cerveau humain est constamment en pleine analyse de son environnement (perception d’une information, concentration pour la relayer…). Donc bien entendu, quand il est soumis à une dose conséquente d’informations, les effets indésirables sont de la partie. Trop d’informations tue l’information.

Travailler en open space : quand trop d'information tue l'information...

Alors la solution basique serait de “mettre ses écouteurs” ou des boules quies et travailler en autarcie… Mais c’est aussi se risquer à se priver d’une cohésion d’ensemble, essentielle à la pérennité de l’entreprise.

Le bureau a des yeux

Autre souci majeur : la promiscuité. Un sentiment d’être constamment surveillé au moindre fait et geste… Ce manque de discrétion et cette gêne quand un collaborateur est interpellé par un supérieur hiérarchique… Un collègue qui vous flique… Cette conversation privée qui devient publique… Ce groupe en panique qui vous communique son stress…

Autant de situations fâcheuses, qui prouvent que TOUT se voit, TOUT s’entend et TOUT se remarque en open space. Big Brother is watching you…

via GIPHY

Quand la hiérarchie est encore plus mise en évidence…

Avec cet évident manque d’intimité, une autre dérive émerge. Plus subtile, mais bien existante. L’open space est pensé pour réunir à la fois les supérieurs hiérarchiques et les exécutants, dans le but (légitime) de faire collaborer les équipes entre elles, dans une atmosphère constructive.

Néanmoins, plutôt que d’aplatir la hiérarchie et améliorer la cohésion d’équipe, l’open space a tendance à réhausser la position de certains.

« Elle revient dans la disposition : les n+1 et les n+2 (les cadres supérieurs) ont le dos au mur (…). Derrière cette ambiance cool, se cache une violence dans les relations au travail et un isolement de chacun sur son projet », selon Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, auteurs du livre “L’open space m’a tuer”.

Cela a pour conséquence de créer une atmosphère anxiogène, où la pression hiérarchique s’exerce plus facilement et où la culture du résultat prime sur la solidarité de l’équipe entière.

Les incivilités au bureau

Quel collaborateur n’a jamais été interrompu en pleine tâche ? Qui n’a jamais été agacé d’avoir perdu son fil conducteur dans son travail ?

Dans de telles situations, les incivilités, le manque de respect, l’impolitesse voire la violence sont souvent légion. L’accumulation de petits éléments du quotidien, le manque de considération, la pression permanente… Pour 58% des salariés interrogés par le cabinet de prévention Eleas, l’open space favorise ce type de dérèglement.

Travailler en open space : les incivilités au bureau

Que faire ?

Alors la liste des méfaits est longue, mais faut-il pour autant disqualifier l’open space ?

Bien sûr que non, puisque certaines entreprises ne peuvent fonctionner qu’en mode ouvert et qu’il comporte, quand même, des avantages. Mieux disposé, mieux utilisé et réparti, il est certain que travailler en open space ne serait pas une expérience si désagréable.

Quelles solutions peut-on mettre en place ?

Le travail flexible : télétravail, coworking…

Le travail flexible est une forme de travail dans l’ère du temps : il est reconnu pour former un compromis idéal entre l’entreprise et le salarié. En effet, il permet notamment de s’adapter aux contraintes personnelles et aux problématiques qu’un collaborateur peut rencontrer (horaires, enfants, maladie…), tant que ses tâches sont effectuées. Il est prouvé par une étude relayée sur le site Consilio-rh qu’en plus d’être apprécié (54%), il améliore la créativité, la productivité, la motivation, l’engagement et le bien-être au travail.

Utiliser la totalité de l’espace disponible

“Vers des open space plus fonctionnels, les multi-space”… Voici un des sous-titres d’un article de blog rédigé par 2B-Bâtiment, qui résume parfaitement cette pensée. Plutôt que de garder un large plateau ouvert, pourquoi ne pas cloisonner des espaces et les distinguer ? Par exemple, des lieux de détente, des espaces/bulles téléphoniques, des salles de réunions, des salles de rush…

Plus de déplacement, plus d’appropriation de l’espace et donc plus de motivation et d’efficacité.

Travailler en open space : aménagez différemment !

Mettre en place des horaires de rush

Enfin, voilà une autre solution qui peut s’avérer très efficace sur la productivité et la réduction des nuisances sonores : des horaires de rush. Ce sont des plages horaires durant lesquelles les collaborateurs travaillent sur leurs propres tâches sans dérangements. Hors de ces horaires, tous peuvent collaborer ensemble et communiquer à plus grande échelle. Un seul but : la productivité.