Facility Manager : le quotidien d’un job en pleine mutation raconté par Tiffany

Tiffany PICARD - Facility Manager - Go Concept

Tiffany, Facility Manager chez Go Concept, une entreprise de conseil en innovation technologique, raconte le quotidien de son métier :

À mon sens, mon métier est à un tournant : bientôt, il consistera essentiellement à apporter du service aux salariés plutôt que de se concentrer sur la maintenance du bâtiment.

Hub-Grade a rencontré Tiffany pour qu’elle nous parle de son quotidien de Facility Manager au sein d’une PME innovante. Elle dépoussière le métier pour nous donner un point de vue enthousiaste de son métier.

Le quotidien d’une Facility Manager en PME

Le Facility Management du futur : la qualité de vie au travail des salariés avant tout.

 

Hub-Grade  — Bonjour Tiffany ! Merci de te prêter au jeu de notre interview. Nous allons parler de ta profession, le facility management et tu vas nous expliquer en quoi elle consiste. Mais avant tout, peux-tu nous en dire plus sur toi et ton parcours ?

Tiffany — Bonjour Hub-Grade, merci de me donner la possibilité de discuter de mon métier ! Ok, parlons un peu de moi 🙂 De mon côté, j’ai fait une école de commerce post-bac dans laquelle j’ai suivi un cursus généraliste les 3 premières années. Puis je me suis spécialisée en Achats et Supply Chain, les deux dernières années. J’ai eu la chance de mener ma mission de fin d’études chez Spie Batignolles. Là-bas je m’occupais des Achats sous-traitance, Gros oeuvre et isolation. Ensuite, je me suis occupée d’Achats dans la Chimie (énergie, déchets, emballage, qualité) puis des Achats de Facility Management chez XPO (ancien Norbert Dentressangle). Désormais, je travaille pour une structure plus à taille humaine, Go Concept, en tant que Facility Manager.

 

GoConcept

Hub-Grade — Pourrais-tu nous présenter ton entreprise GoConcept ?

Tiffany — Go Concept est une PME spécialisée dans le conseil en innovation technologique avec une forte tradition entrepreneuriale. La société est présente en France (Lyon, Grenoble, Belfort et Nantes), en Suisse, en Belgique et au Canada. Elle réunit aujourd’hui plus de 240 collaborateurs et soutient des projets à haute valeur ajoutée dans tous les secteurs d’activité de l’industrie.

Hub-Grade On commence à beaucoup parler du métier de Facility Manager. En quoi consiste vraiment ton quotidien ?

Tiffany — Actuellement, chez Go Concept, j’ai un rôle un peu différent de celui d’un Facility Manager classique. Traditionnellement, le Facility Manager s’occupe de la gestion d’un ou de plusieurs sites et de la maintenance des bâtiments (nettoyage, énergie, hygiène et sécurité, gestion des déchets, espaces verts, respect des normes), l’application des réglementations, les services aux occupants et enfin, la gestion des prestataires. C’est un métier qui impose de tout savoir sur un bâtiment et d’apporter des solutions pour que l’effectif l’utilise au mieux.

Dans mon entreprise, j’ai un rôle plus large, plus global qui dépasse la simple gestion de bâtiments. Lors de mes expériences précédentes, j’étais plus axée sur la stratégie (gestion des contrats cadres par exemple), alors que chez Go Concept je suis en charge autant de la partie stratégique que de la partie opérationnelle : il s’agit surtout de gestion de projets axés sur la qualité de vie au travail, sur l’aménagement des espaces de travail ou encore sur l’optimisation de nos dépenses.

Je gère aussi : la flotte automobile, les achats de bureau, les fournitures, le nettoyage des locaux, l’hygiène et la sécurité,  la maintenance technique, les baux et facturations, la recherche de nouveaux locaux, mais aussi l’organisation des séminaires, des inaugurations ou encore les achats d’IT et d’assurances…

Un poste polyvalent comme le mien, c’est ce que devient concrètement le Facility Management dans une PME.

Dans un grand groupe, mon poste n’existerait pas, ces responsabilités seraient décomposées sur plusieurs postes différentes (responsable des services généraux, responsable immobilier, responsable achats…). Et c’est encore différent du Property Management, car je ne prends pas en charge de la rentabilité financière des sites.

Hub-Grade — Quels sont les challenges auxquels tu dois faire face ? Qu’est-ce qui te fait te lever le matin ?

À mon sens, mon métier est à un tournant : bientôt, il devra essentiellement se concentrer sur la QVT (Qualité de Vie au travail) plutôt que sur la maintenance du bâtiment.

gestion et maintenance d'un bâtiment de bureaux

C’est ce que j’aime dans mon quotidien chez Go Concept. Le fait qu’on me donne la possibilité de mettre en place des choses auxquelles, d’habitude, on n’a pas accès dans une PME : service de conciergerie, cours collectifs de sport, pressing… Tout un ensemble de services liés au bien-être du salarié et qu’on ne trouve généralement que dans les grands groupes.

Faire en sorte que les salariés aiment l’espace dans lequel ils passent tant de temps à travailler, qu’ils se l’approprient… C’est un beau défi à mes yeux ! Surtout à l’heure où la tendance est au changement des modes de travail et à la mutation des espaces.

ergonomie de l'espace de travail

espace de travail ergonomiqueAvec le prisme bien-être, QVT, service au salarié, rien que le choix du mobilier prend une autre dimension par exemple. Dans ce cas, je vais plutôt pencher pour du mobilier ergonomique et des tables de travail qui s’adaptent aux positions debout/assis. Je vais aussi mettre en place des espaces différents dédiés à la détente des salariés. À Grenoble, par exemple, je viens de mettre en place un salle de pause avec des transats, des poufs et un bar. À Lyon, dans nos nouveaux bureaux, j’ai aussi pensé aux jeux de Mölkki, Badminton, Ping-Pong et… Babyfoot !

Hub-Grade Justement, selon toi : y a-t-il une vraie différence entre gérer un espace de bureau classique et les nouveaux espaces de travail 

Tiffany — Oui, dans le sens où les gens s’habituent très rapidement au luxe perçu des nouveaux aménagements. Si j’ai lancé un concept un peu innovant dans l’une de nos antennes, les autres le considèrent alors comme acquis sur tous les espaces.

De même, alors que l’idée de mettre en place des cours de sport au bureau a à peine été lancée, je suis relancée très régulièrement sur le sujet ! Cela montre à quel point ce service est important pour les salariés. Je pense aussi mettre en place conciergerie qui est très attendue !

ping pong en entreprise

Le plus fou c’est qu’au-delà de la simple considération du bien-être des salariés, certains types d’installation sont de véritables outils de management pour les responsables de l’entreprise. Le babyfoot permet d’envisager le caractère et le positionnement d’une personne selon son poste : qu’il joue attaquant ou défenseur par exemple. Ainsi, un manager a des clés (informelles, certes) pour s’ajuster son positionnement ainsi que celui de ses collaborateurs, selon leurs zones de confort respectives.

Prochainement on va mettre en place un espace de bureaux volants. Le concept :  premier arrivé, premier servi ! Chacun a ses propres bannettes qu’il range le soir et ressort le matin. Dedans, il y a toutes les affaires qui lui sont nécessaires pour travailler. Ça marche très bien et les salariés sont contents. Bien sûr, ces nouveaux types d’environnement de travail demandent une gestion différente et le déploiement d’une certaine pédagogie au départ pour faire accepter ces modes d’organisation.

Clean desk - flex office

Hub-Grade À ton avis, comment travaillera-t-on dans 50 – 100 ans ? À quoi ressemblera le bureau du futur ?

Tiffany — Il y a quelques années on ne jurait que par l’open space. Aujourd’hui, on est obligé de le repenser totalement avec un vrai travail au niveau de l’acoustique et, surtout la proposition de plus petits espaces adaptés pour s’isoler le temps d’un appel ou d’une réunion.

Dans nos métiers, on entend de plus en plus souvent les nouveaux termes comme le BIM (Building Information Modeling) et l’IOT (Internet Of Things) et ils me paraissent incontournables. Les outils digitaux associés à la gestion des espaces permettent une remontée d’information instantanée qui change complètement la donne. Le “Dash Button” qui a été mis en place dans les espaces de bureaux flexibles et partagés Focus par exemple : c’est une super idée. Le salarié qui constate qu’il manque une fourniture (café, lave-main ou papier toilette, etc.) peut le signaler simplement en appuyant sur un bouton. L’information sera remontée automatiquement à l’équipe concernée.

Actuellement, les objets connectés liés à la gestion des surfaces sont hyper pertinents sur des grosses surfaces, quand on parle de 1 200m2. Ils le sont moins pour des surfaces de 614m2, car ils sous-entendent des dépenses trop importantes. On va donc constater une différence selon le type de structure et l’état d’esprit de l’entreprise.

Le développement du flex office est un sujet clé du secteur. Il permet de changer et d’adapter toutes les habitudes dans le rythme et les conditions de travail.

Selon moi, le bureau de demain c’est un bureau en mouvement, flexible.

Dans la conception des espaces, on s’éloigne de plus en plus de la sédentarité et on accorde une grande importance à l’espace commun (très différent de l’open space). Récemment, je suis passée dans les bureaux d’Élior à la Défense. À 80%, la surface est dédiée à l’espace commun. Pour moi, c’est un des modèles forts des tendances de bureaux vers lesquelles on se dirige pour les années à venir.