L’intelligence émotionnelle au travail : un atout pour l’entreprise ?

L’intelligence émotionnelle, c’est ce que l’on appelle parfois aussi les “compétences douces”, les fameux “Soft skills”.  

Dans un article des Échos rédigé par Arnaud Devigne, Directeur Général d’Indeed France la composante humaine des entreprises prend même un tour stratégique :

En 2015, une enquête du cabinet Carewan révélait que sept projets de transformation d’entreprise sur dix échouent en raison d’une mauvaise prise en compte du facteur humain.

Ces dernières années, on a pu voir se développer des idées plaçant l’émotion au centre des interactions au travail. Toutes ces théories suggèrent que les émotions jouent un rôle significatif dans les performances humaines et donc, par extension, dans celles de l’entreprise. L’intelligence émotionnelle impacterait ainsi non seulement la course et les orientations d’une entreprise, mais aussi les interactions entre les hommes qui oeuvrent pour elle.

Et pourtant, on a du mal à adhérer à ces idées accordant un rôle fondamental à l’émotion au sein de l’entreprise… Un peu comme l’on considère que la frontière opaque entre vie privée et vie professionnelle doit être entretenue âprement (Il est où le blurring ? Il est là !)… Qu’en est-il réellement ? Les émotions ont-elles un rôle dans notre vie au travail ?

Blurring : effacement de la frontière entre vie privée et vie professionnelle
© Unplash

Une petite définition de l’intelligence émotionnelle ?

L’intelligence des émotions v/s Les émotions intelligentes…

L’intelligence émotionnelle est définie dans les années 1990 par deux psychologues américains Peter Salovey (l’actuel président de l’université de Yale) et Jack Mayer et désigne : « l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres. »

L’intelligence émotionnelle se définit donc selon 3 axes :

  1. La capacité à évaluer et exprimer ses émotions et celles d’autrui,
  1. La capacité à réguler ses émotions,
  1. La capacité à savoir utiliser ses émotions.
Les multiples facettes de l'intelligence
© Unplash

La différence entre intelligence et intelligence émotionnelle

L’intelligence telle qu’on l’entend de manière générique fait en réalité référence à ce que les scientifiques appellent “l’intelligence cognitive”. L’intelligence émotionnelle, quant à elle, est un concept qui n’a vu le jour que très récemment et Salovey et Mayer sont d’ailleurs les premiers à en poser la définition.

L’expression “intelligence émotionnelle” est plus concrètement le fruit de l’évolution de l’étude de l’intelligence. Au-delà de l’intelligence cognitive de l’homme (la part de l’intelligence développée selon les connaissances de l’individu mettant en jeu la mémoire, le langage, le raisonnement… et que l’on mesure grâce au QI), on lui a rapidement reconnu une autre forme d’intelligence plus “mentale”, plus “sociale”, servant également l’individu à s’adapter à son environnement.

Intelligence sociale, intelligence pratique… Bref on a fini par reconnaître à l’homme des formes d’intelligence multiples dont l’intelligence émotionnelle fait partie. L’une des mesures la plus courante en est le QE.

Actuellement les scientifiques considèrent même qu’elle serait corrélée à la performance sociale d’un individu et notamment à la réussite professionnelle des adultes.

À quoi servent les émotions au travail ?

Les émotions, des outils précieux de relations humaines

Les entreprises actuelles sont de plus en plus nombreuses à demander à leurs employés de développer leurs compétences sociales et comportementales. L’objectif ? Améliorer leurs conditions de travail et celles des autres. Ainsi, développer les compétences sociales, c’est par définition, gérer les émotions de tous au travail. C’est donc devenu une considération importante des services de ressources humaines.

Emotions et management
Source : Breakfast & Coaching

La racine latine du mot “émotion” est emovere, signifiant littéralement “mettre en mouvement”, mettre “hors de”. L’émotion caractérise un état affectif intense, inhabituel et expérimenté à court terme. En résumé, c’est l’expression passagère/ponctuelle d’un sentiment vif.

maitrise emotionnelle au travail

Les émotions sont donc à différencier du tempérament, de l’humeur ou de la personnalité d’un individu. Les émotions ont ce sens qu’elles interviennent pour répondre aux sollicitations de l’environnement de l’homme et l’aident à s’y adapter.

Elles lui permettent aussi de collecter de l’information sur son environnement et le pousse à réagir face à celui-ci en passant à l’action : combattre, fuir ou subir.

Elles sont ainsi un support de décision et influencent nos comportements selon une situation donnée.

Réactions corporelles réponses émotionnelles

Cartographie du corps humain : les zones actives du corps qui réagissent selon les différentes émotions ressenties.

L’intelligence émotionnelle, concrètement qu’est-ce que cela signifie au quotidien ?

Des théories donnent un rôle prépondérant aux émotions dans le travail et surtout les prises de décisions. Celle du  “risk-as-feelings” affirme que dans les situations de risque ou d’incertitude l’émotion est un facteur anticipé de la prise de décision. Ou encore l’heuristique d’affect  (ndlr : heuristique = stratégie) considère qu’il existe un raccourci mental permettant de prendre des décisions ou de résoudre des problèmes rapidement et efficacement en situation d’intense émotion (peur, plaisir, surprise…). On peut aisément envisager leur impact stratégique.

Au sein d’une entreprise, les personnes faisant preuve d’un fort potentiel d’intelligence émotionnelle présentent des comportements communs :

  • la capacité à se concentrer sur le positif ;
  • la propension à s’entourer de personnes très positives ;
  • l’aptitude à se fixer des limites et s’affirmer lorsque cela est nécessaire ;
  • la volonté d’être avant-gardistes et lâcher prise sur le passé ;
  • le souhait de rendre la vie amusante, joyeuse et intéressante ;
  • la disposition à choisir la façon de dépenser de l’énergie avec sagesse ;
  • le désir d’apprendre en permanence et d’aller vers l’indépendance.

Un manager aura ainsi tout intérêt à développer ces compétences afin de faire adhérer son équipe à ses projets.

L’intelligence émotionnelle dans le monde du travail

L’intelligence émotionnelle : un véritable enjeux dans les relations au travail ?

On devine aisément que le champs d’application de l’IE dans le domaine du management est très large.

C’est un dénommé Goleman qui, le premier,  a théorisé l’association émotion / travail. Il a réalisé une étude sur 200 entreprises dont l’objectif était de saisir l’impact de l’intelligence émotionnelle sur la performance au travail. Dans cette étude, il affirme que l’évolution des résultats des entreprises est due à 60 % aux compétences émotionnelles de ses employés.

Il a ainsi produit le modèle Goleman (en 1995) qu’il a adapté au travail en 1998. Ce travail constitue les prémices d’une ère nouvelle (années 2000 obligent) où l’on commence à considérer l’idée que l’intelligence émotionnelle devrait avoir une incidence positive sur le leadership, la gestion du changement, l’adaptation professionnelle et la gestion des équipes.

The new Flintstones worklife

Source : The new Flintstones #1 — written by Mark Russell, with art by Steve Pugh, Chris Chuckry and David Sharpe

Les champs d’application de l’intelligence émotionnelle en gestion de l’homme

Le manager

L’intelligence émotionnelle d’un manager est une forme d’intelligence qui suppose dans un contexte managérial la capacité à diagnostiquer son propre état émotionnel et celui d’autrui, ainsi que la capacité à mettre en place une stratégie / tactique émotionnelle permettant l’épanouissement personnel et celui du collectif.

Source : Ma vie au Boulot

Il est désormais reconnu que l’intelligence émotionnelle des managers peut influencer la performance des équipes.  Cela marque la fin d’une période (trop longue ?) qui prônait le management par le stress. L’idée ici étant que les périodes gérées de stress permettaient de créer des effets de “boost” productifs à court terme, mais aux effets désastreux à moyen et long termes.

Le leadership

C’est l’application la plus concrète de l’IE en entreprise. Pour motiver les troupes et les engager dans un projet, les mobiliser autour d’un objectif. C’est une capacité qui généralement se cultive dans le temps.

Le leadership et le charisme sont reconnus comme les principaux leviers d’engagement d’une équipe autour d’un projet. L’intelligence émotionnelle au travail en est un outil majeur.

Il est tout aussi important de développer son intelligence émotionnelle que d’avoir recours à des leviers organisationnels pour améliorer la performance de son équipe (les fameux leviers managériaux classiques).

Tout est question de fréquence émotionnelle. Pour gérer ses propres émotions, le leader a la possibilité d’avoir recours à des modes émotionnels précis : la confiance, l’adaptabilité, la créativité, l’intuitivité. Être sur la bonne fréquence émotionnelle, c’est développer une comportement adéquat selon la situation.

intelligence des émotions pour le manager

Source : Ma vie au Boulot

Sur ces bonnes paroles…

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