Dans la pièce, une spartiate table en bois noir d’un autre âge, probablement rongée par des années au service d’étudiants en train de plancher sur leurs copies, est coincée entre de pimpants bureaux en bois clair. Sur les meubles, des portables, de toutes les tailles, de toutes les marques, s’agglutinent. Dans un coin, deux veste et une chemise propres sont suspendues à un portant, en cas de visite d’importance impromptue. A côté, une machine à café côtoie deux imprimantes. Les yeux rivés sur leurs écrans, une dizaine de jeunes adultes, serrés les uns contre les autres, se tassent dans la pièce. Hébergée dans l’un des bureaux de l’incubateur de l’EM Lyon depuis juin 2015, la start-up Hub-Grade commence à être un peu à l’étroit. Mais pour Brieuc Oger, son fondateur de 24 ans, diplômé frais émoulu du master de l’EM Lyon, pas question de plier bagages pour l’instant.

 « J’ai une boîte à lettres professionnelle, des salles de réunion équipées. Je gagne aussi bien en pratique qu’en crédibilité, se réjouit le jeune homme, jean et barbe de trois jours. Je peux organiser mes rendez-vous ici, dire à mes interlocuteurs “je vous reçois dans mes bureaux”. On mutualise aussi les équipements: quand j’étais dans un bureau commun, j’ai partagé une imprimante pendant six mois. Et le prix symbolique du loyer, 5 ou 6 fois inférieur aux prix du marché, défie toute concurrence ! »

Il en sait quelque chose, lui qui a créé sa société dans l’immobilier d’entreprise. Sorte d’Airbnb version bureaux, Hub-Grade est une plate-forme de mise en relation entre les professionnels qui souhaitent mutualiser des espaces de travail. « Fondés sur le modèle 3-6-9 ans, sans préavis possible, les baux commerciaux manquent de souplesse. Suivant les codes de l’économie collaborative, nous mettons en contact les entreprises avec des espaces vides, et les start-up qui ont des besoins fluctuants en matière de locaux et de moyens limités. Quand on sait que le loyer constitue la deuxième charge des comptes de résultats d’une entreprise, on se rend compte que cela peut être un facteur bloquant de développement. » Un problème auquel les grandes écoles de commerce ont fini par s’attaquer.

Qu’importe. Pour Brieuc, l’essentiel est ailleurs. « Le cœur de l’incubateur n’est pas matériel. C’est le partage d’expériences, d’échanges, qui prime. Je suis mieux ici que seul dans ma chambre. Je bénéficie de la perméabilité avec l’école, pleine de têtes bien faites. Plusieurs étudiants sont venus en stage dans ma start-up. Et je peux frapper à la porte du bureau d’à côté pour demander un conseil. »  L’ancien sportif de haut niveau ne s’en est pas privé: « Quand j’ai transformé le concept de Hub-Grade, j’ai demandé pendant trois jours l’avis de mes voisins ! Il m’arrive de faire relire des mails à envoyer à des investisseurs potentiels, de me renseigner su un point technique auprès de quelqu’un dont je connais les compétences. » La proximité s’avère un remède idéal à la solitude des jeunes entrepreneurs. « On ne peut pas tout faire porter à ses équipes, estime Brieuc. Quand j’ai un doute, un moment de découragement, que j’ai besoin de vider mon sac, il est précieux de pouvoir en parler avec quelqu’un qui connaît les mêmes problèmes que moi.»

Entre les murs de Hub-Grade, couverts d’affiches égrenant silencieusement leurs slogans mobilisateurs (« done is better than perfect », « ce qui m’irrite le plus, c’est la prudence et l’immobilisme » ou « si tout est sous contrôle, c’est que tu avances trop lentement »), et le décor quasi monocal du local de StartSquare, le contraste est sans appel. Certes, l’atmosphère mi-décontracté mi-studieuse de l’un – entre deux plaisanteries version 2.0, ça pianote sec – n’a rien à voir avec le calme de l’autre. A chacun son style et ses méthodes. Mais le constat est identique: croître au milieu de ses homologues accélère la croissance. « La moyenne d’âge des incubés et la multitude de start-up au mètre carré créent une émulation intense, un environnement de travail propice à la créativité, assure Tanguy. Sans compter qu’un vrai esprit de solidarité anime chaque membre. chacun d’entre nous est le promoteur de la start-up voisine. »

32 ans

C’est l’âge de l’incubateur de l’EM Lyon. Une création précoce dans le monde des écoles de commerce. Tout à commencé en 1984, sous l’impulsion de Philippe Albert. Pressentant avant d’autres les limites de l’insertion de cohortes entières de diplômés dans les grands groupes, le directeur général de l’époque a voulu redonner à l’institution lyonnaise, fondée par des entrepreneurs, son ADN originel.

Brieuc Oger et son équipe de Hub-Grade dans les locaux de l'incubateur de l'EM Lyon

1350 porteurs de projets

ont été accompagné et 950 entreprises créées ou reprises depuis la création de l’incubateur de l’EM Lyon e 1984. Parmi les 158 créateurs accueillis au cours de l’année scolaire 2014/2015, environ 60% des étudiants à l’EM Lyon viennent de l’extérieur.

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